Les savoir-faire

Les savoir-faire

Avant l’arrivée des Américains et des Européens, Wallis et Futuna étaient deux îles isolées de tout. On ne peut qu’éprouver de l’admiration pour nos anciens qui se servaient de tout ce qui les entourait pour se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner, se divertir ou se déplacer.

L’habitat traditionnel

fale traditionnelle

La case traditionnelle, fale ou api nofo, est de forme ovale ou rectangulaire, à extrémités arrondies. C’est le type de case le plus fréquemment rencontré. Si les maisons modernes ont depuis longtemps fait leur apparition, ces petites cases en bois sont encore couramment construites.

Le sommet d’une case est appelé tu'âpatû. Les bois de charpente les plus utilisés sont les arbres à pain – « fuu mei » car ils sont très durs et imputrescibles. Parmi les autres bois de charpente intéressants, on trouve le « kafika », le « fao » et le cocotier – « fuu niu ».
« Poumuli » est le bois le plus réputé pour les poteaux. « Kafika », « toa », « fuu niu » et « fuu mei » sont des bois très durs, également très appréciés pour les poteaux.
On utilise généralement des feuilles de cocotier ou des feuilles de pandanus tressées et liées. Cette coiffe est cerclée avec la liane – « kaui sipi » ou la corde tressée à partir de fibres de coco – « kafa ».
Des lianes résistantes servent à fabriquer les liens entre les poteaux et la toiture.

L’artisanat

bandeau artisanat

Deux types d’artisanat existent à Wallis et Futuna : l’artisanat traditionnel et l’artisanat de production.
L’artisanat traditionnel consiste à utiliser des produits traditionnels et locaux pour la réalisation de différents objets comme la natte, le tapa, les colliers de coquillages, etc.
L’artisanat de production fait référence aux industries de transformation comme le textile, de services (imprimerie) et de production de biens alimentaires (boulangerie) gérées par de petites structures.

L’artisanat traditionnel à Wallis et Futuna repose sur la confection d’objets divers tels que :

  • la réalisation de colliers de fleurs et de coquillages, préparées uniquement par les femmes ;
  • les nattes – « fala » en langue vernaculaire, tressées à partir de feuilles de « lau akau » et de "laukie" ;
  • les tapas faits à partir de l’écorce de mûrier appelé « tutu », séchés, découpés et recouverts par des motifs traditionnels peints à la main, amenant à être valorisés sous diverses formes : porte-chéquier, porte-passeport … ;
  • les gatu (des tapas géants), utilisés généralement pour les offrandes lors de cérémonies coutumières et religieuses ;
  • les ta’ovala ou pagne traditionnel, portés uniquement à Wallis, par les hommes et les femmes lors de cérémonies coutumières et religieuses, ou sur présentation devant le Roi ou l'autorité coutumière ;
  • l’huile parfumée provenant du « tuitui » et qui représente le parfum traditionnel et l’huile de coco ;
  • les sculptures en bois (le plus souvent, en forme de tortue ou en « tanoa ») fabriquées principalement par les hommes ;
  • le « pata » – la carotte à tabac et le « kava » – la boisson traditionnelle des îles issue des racines de kava, plante cultivée par les hommes.

Qu’est-ce qu’un ta’ovala ?

taovalaLe ta’ovala ou le pagne traditionnel se porte lors de manifestations importantes uniquement à Wallis. Quelques femmes le confectionnent encore aujourd’hui. Un ta’ovala peut être fait sous différentes matières : à partir d’écorces de bourao – « fau », de « kafa », de « lau’akau ». Le « fau » est celui qui est le plus utilisé, car il est plus résistant et c’est une matière facile à travailler. Le plastique est également utilisé mais déconseillé pour la qualité du ta’ovala.

Commencez par repérer suffisamment d’arbres de bourao nécessaire pour la réalisation de votre pagne. Coupez et enlevez la première couche d’écorce.

Laissez tremper dans la mer au minimum cinq jours et au maximum deux semaines en fonction de la quantité et de la taille des bois coupés. Récupérez, épluchez l’écorce et nettoyez. Laissez sécher et blanchir au soleil (teindre si nécessaire). Il ne vous reste plus qu’à le tresser pour obtenir un ta’ovala.

Qu’est-ce que le kava ?

racine kavaLe kava, plante de la famille du poivrier dont les racines servent à préparer une boisson légèrement euphorisante et anesthésiante, est l’essence même de la coutume wallisienne et futunienne. Présent uniquement en Océanie, on tire de ses racines une boisson cérémonielle, réduites en morceaux et filtrées avec de la fibre de bourao. Un certain nombre de récits de la tradition orale rapportent l’origine de cette plante.

Ainsi, à Wallis et Futuna, le premier plant de kava a poussé sur la tombe d’une petite fille, donnée en offrande au roi par une famille modeste. Le roi mécontent de l’action des parents, donna la décision d’enterrer la jeune fille et de s’en occuper jusqu’à l’obtention d’un arbre. Ils appelèrent cet arbre, le « kava ».

La médecine traditionnelle

Dans les îles de Wallis et Futuna, la médecine traditionnelle a une place importante auprès de la population. Lorsqu’ils sont malades, la plupart des Wallisiens et les Futuniens vont automatiquement voir le guérisseur traditionnel avant d’aller à l’hôpital. Cette approche de la santé est très intégrée dans la représentation culturelle.
En plus d’être accessible et abordable, la médecine traditionnelle est considérée comme partie intégrante de la vie de tous les jours et du bien-être de la population.
L’homme utilise les plantes pour se soigner depuis toujours. À Wallis comme à Futuna, ce sont les anciens qui maîtrisent ce savoir-faire. La transmission de ces connaissances aux jeunes générations se fait de plus en plus rare.
On distingue trois méthodes de remèdes qui diffèrent suivant leur mode d’application.

Les « vai » (littéralement : eau), la santé par les plantes

Le procédé de fabrication traditionnel consiste habituellement à envelopper les feuilles médicinales ou les racines dans le « kaka », l’enveloppe des palmes de cocotier, et à les malaxer à froid ou dans de l'eau tiède contenue dans un fagogo, coupe en noix de coco. De nos jours, les feuilles médicinales ou les racines sont enveloppées dans du tissu fin et trempées dans de l’eau contenue dans un verre. En général – et ceci est également valable pour les autres catégories de remèdes – les séances thérapeutiques s’effectuent deux fois par jour. En total, il faut que le patient fasse 3 séances avec le guérisseur. Les « vai » sont surtout demandés pour une infection de la bouche des enfants, pour des maux de ventre – généralement des femmes, pour lutter contre les courbatures résultant de transports de charges, pour la fièvre, la toux, etc.

Les « mili », les liniments

Pour ces médicaments, on malaxe les feuilles médicinales, non enveloppées, dans de l’huile de coco ou de l’eau bénie. Cette préparation liquide est ensuite appliquée sur la peau et est destinée à calmer la douleur. Ce remède est surtout utilisé pour les cas de folie présumée d’origine démoniaque, pour les grandes blessures (fractures, ouvertures), pour les différentes allergies, etc.

Les « fakaholoholo », les massages

Les massages se pratiquent le plus souvent avec de l’huile de coco ou de l’eau bénie, cela dépend du guérisseur.

L’agriculture

agriculture

L’agriculture – « gaue kele » occupe une place primordiale pour le Wallisien et le Futunien. Elle est globalement caractérisée par la coexistence d’une agriculture familiale vivrière, qui est une base culturelle et économique de la population, et d’une agriculture professionnelle embryonnaire et encore fragile.
L’agriculture professionnelle concerne un nombre restreint d’acteurs économiques sur le territoire, se limitant à l’agriculture maraîchère, à l’élevage porcin, aux poules pondeuses et aux abeilles. La grande majorité des exploitations sont de petites tailles et essentiellement familiales.
Les principales plantes alimentaires cultivées sont le cocotier – « niu », le taro cultivé en terrain sec – « talo poupou » ou en terrain irrigué – « talo to’oga », l’igname – « ufi », le bananier – « fusi », le manioc – « manioka », l’arbre à pain – « mei ».
Une spécialité qui fait la différence entre les deux îles, c’est la culture du taro d’eau à Futuna avec sa variété de taro appelé « pakanuku » ou "talo vusiga". Attention, le terme "pakanuku" ne s'applique uniquement qu'aux taros d'eau du village de Nuku. Le terme général est "talo vusiga".

Qu’est-ce que le « pakanuku » ?

À la différence de la culture du taro d’eau de Wallis, le développement de ce tubercule est plus favorable à Futuna. Avec une abondance d’eau, les plantations des taros d’eau à Futuna font rappeler les rizières en Asie.
Le « talo to’oga » se cultive à Wallis dans des passerelles de terre ferme entouré d’eau.

À Futuna, le taro se plante directement dans l'eau, en terrasses, au coeur d'un système d'irrigation en mouvement. Attention, le terme "pakanuku", largement usité, ne s'applique uniquement qu'aux taros d'eau du village de Nuku, qui possède la plus grande tarodière du Pacifique. Le terme général pour le taro d'eau futunien est "talo vusiga".

tarodiere nuku

La pêche

Sur les deux îles, la pêche est une activité majoritairement tournée vers l’autoconsommation et les échanges coutumiers. On distingue deux types de pêcheur : le pêcheur passionné, exercé par les locaux de temps à autre pour leur consommation personnelle, au sein de leur famille ou en offrande lors de cérémonie coutumière et religieuse, et le pêcheur professionnel. La pêche professionnelle est une activité encore limitée sur le territoire. Des pêcheurs professionnels exercent la pêche comme un véritable métier destiné à produire un revenu régulier.

Le « tautai » – expert de la pêche, dispose de différentes techniques de pêche traditionnelles et modernes, telles que :

  • « Kupega » / « faka mamaha » – pêche au filet
  • « Mata'u » (« Fakamoe ») – pêche à la ligne
  • « Kalolo » – pêche sous-marine au harpon
  • « Fakatele » ou « toho » – pêche à la traîne
  • « Velo » – pêche à la sagaie
  • « Faga » – une méthode de pêche qui consiste à réaliser de petits barrages faits à partir de feuilles de cocotier tressées et retenus par des cailloux, qui permettent de piéger les poissons. Aujourd’hui, cette pratique est abandonnée en raison de la difficulté de cette méthode et de l’avancée de la vie communautaire.
  • « Fagota » – collecte de mollusques et de crustacés, effectuée principalement par des femmes et des enfants
  • « Ta tuna » – pêche à l’anguille, une pêche pratiquée uniquement à Futuna
  • « Au kava » – pêche au poison qui utilise la plante « kavasasa », une pratique interdite de nos jours, car il s’agit d’un procédé particulièrement destructeur pour l’environnement ;
  • « Lili » / « sisi » – pêche à l’épervier
  • « Tae nefu » – pêche au « nefu », l’anchois local. Une technique de pêche réalisée uniquement par les habitants du village de Gahi, à Wallis, qui consiste à amasser les anchois grâce à des nasses traditionnelles, fait à partir de fibres naturelles ou en se servant de grandes bassines en plastique ;
  • « Lamaga » / « Ta »: pêche au couteau pratiquée uniquement la nuit. Autrefois, on se servait de torches de cocotiers allumées pour aveugler le poisson et ainsi pouvoir l'attraper avec le couteau ;
  • « Fakamoe »
  • « Ina uo », « ina tupa », « huki feke » – pêche aux crabes, pêche au poulpe, etc

Qu’est-ce que le « lili » / « sisi » ?

pecheurs

Le « lili » ou « sisi » – pêche à l'épervier, est la méthode de pêche la plus connue et pratiquée sur les deux îles.
Avec son épervier – son « kupega », le pêcheur peut repérer des poissons, tout en se baladant en bord de mer, et les pêcher en un lancer de filet.
L’origine de cette pêche viendrait de la légende de Tagaloa, Dieu fondateur de la culture wallisienne. Tagaloa descendit sur Terre, chargé de son filet pour pêcher. Il le jeta et lorsqu’il le tira, surpris lorsqu’il vit que ce n’était pas des poissons mais une île. Il vit que l’île était belle. Craignant que cette île ne disparaisse ou se disperse dans le Pacifique, il laissa le filet pour garder l’île en sécurité… Tagaloa venait de créer l’île de Wallis et le filet représente la barrière corallienne qui entoure Wallis. (cf. Légende de Tagaloa).

Qu’est-ce que le « fagota » ?

peches femmesLe « fagota » consiste à collecter les mollusques, principalement des palourdes et des grisettes, et les crustacés sur le platier ou le long du récif lorsque la marée est basse. Cette pratique est réalisée majoritairement par des femmes accompagnées par les jeunes adolescents et les enfants. Munis d’un couteau et d’un sceau ou d’un panier pour mettre leur pêche, les femmes passent 2 ou 3 heures sous le soleil à la recherche de coquillages.

Pour cette activité, la patience et la technique sont les clés pour une bonne récolte. Les palourdes laissent apparaître à la surface de petits trous. Une fois que les trous ont été repérés, il ne reste plus qu’à creuser et ramasser la prise.

Quel délice de savourer un plat de grisettes au lait de coco ou des palourdes farcies !

Les sports traditionnels

kumete

Pour se divertir, les ancêtres wallisiens et futuniens ne manquaient pas d’idées. Allant des activités de la mer, comme la course de pirogues traditionnelles appelée « fakatete » en langue wallisienne et « kumete » en lange futunienne, aux activités de la terre, tel que le « kilikiti » – cricket traditionnel, le « pa ulutoa » – lancer de javelot traditionnel avec un javelot taillé du bois de « kaho » avec un embout pointu de l’arbre de bourao, le « pa sika » – avec le même principe que le lancer de javelot traditionnel mais avec un javelot fait à partir d’une tige de bourao qui le rend plus léger, et le « soamako » – danse traditionnelle. Ces divers sports sont surtout pratiqués lors de grandes fêtes comme la fête nationale du 14 juillet et la fête du territoire du 29 juillet. C’est l’occasion pour chaque wallisien et futunien de montrer sa force et de pouvoir impressionner le public.
Aujourd’hui, ces sports traditionnels laissent place aux sports modernes, avec notamment la mise en place d’un stade sportif comprenant deux grands gymnases pour la pratique du volley-ball, le basket-ball, le badminton, le football en salle ou encore le tennis de table ; d’une salle de musculation ; d’un boulodrome ; d’une salle polyvalente pour la zumba, le crossfit et la boxe ; et d’un stade d’athlétisme. Il est aussi possible de faire de la voile, du catamaran, du kitesurf, du stand-up paddle et de la « va’a » – la rame.

Qu’est-ce que le « kilikiti » ?

Le « kilikiti » – cricket traditionnel, est un sport pratiqué uniquement à Wallis.
D’après les histoires orales racontées par les anciens, ce sport viendrait du village de Vailala. Au début du XIXè siècle, des Tongiens qui habitaient au nord de Hihifo auraient commencé la pratique de ce jeu. Il s’est ensuite développé sur toute l’île de Wallis.
Chaque village de l’île constitue une équipe. L’équipe qui invite propose le nombre total de joueurs autorisés à l’équipe adverse. La compétition entre les villages se fait dans des lieux à grand espace (devant l’église de Saint Joseph à Malaefo’ou ; le terrain de football à Fuga’uvea ; devant l’oratoire de la Vierge Marie à Ahoa – Holo ; devant le Palais royal).
La veille d’une partie de cricket, les actions menées par les membres des deux équipes et par les villageois sont appelées « tu moe ». Une cérémonie de kava est organisée la nuit, que l’on nomme « kava ka hui ». Chaque équipe dispose d’un ou de plusieurs « sea » – une personne « porte-bonheur », donnant espoir à l’équipe de ramener la victoire au village. Le « sea » peut être une personne noble, une haute personnalité coutumière ou religieuse.
Les capitaines – « kapiteni » de chaque équipe sont désignés parmi les joueurs.

Les postes sont composés de :

  • stoppeurs / lanceurs – « tagata malomu / tagata teka » : avec 4 dans chaque équipe
  • envoyeurs / receveurs – « tali tua » : la majorité de l’équipe constitue ce poste
  • batteurs / coureurs – « fakalogo ta » : 2 en opposition sur l’aire de jeu
  • juge – « tagata fakamau » : 2 dans chaque équipe qui contrôlent si les règles sont respectées


Lorsque le jour J arrive, chaque équipe exécute un tour de terrain. Elles se dirigent vers les chefs coutumiers – les « aliki ». Commencent alors les salutations et les discours. Tous ces rituels se font dans un chahut de coups de sifflets, de frappements de pieds au sol, d’appels de conques et de tambours.
Le jeu peut alors débuter et les règles sont les mêmes que le sport ordinaire du cricket.
+ Photo du kilikiti

Contes et légendes

Dans le temps où la télévision et internet n’existaient pas encore dans les foyers wallisiens et futuniens, ce sont les « fagana » - les contes des grands-parents qui rythmaient les soirées des enfants.
Laissez vous porter par les contes et légendes de nos anciens :
Liste de légendes connues sur les îles :

  • La tortue du Mont Puke
  • La légende de Tagaloa – La création de l’île de Wallis
  • L’origine du kava
  • La tortue du Mont Puke

    Autrefois, il y a longtemps, l’île de Futuna était divisée en deux camps : Tu’a et Sigave (2) qui s’opposaient dans des batailles claniques incessantes. Un jour, on en vint à discuter frontière. Il fallait savoir en effet à qui appartiendrait le Mont Puke, point culminant de l’île. On en venait presque aux mains quand, des deux côtés, les chefs guerriers décidèrent qu’une partie de pêche réglerait l’affaire. Ceux qui attraperaient le plus gros poisson de son espèce et qui le transporteraient les premiers au sommet de la montagne, seraient les maîtres des lieux…

    Aussitôt dit ! Aussitôt fait ! Et l’on poussa à la mer toutes les pirogues de l’île. Or les gens de Sigave étaient rapides en besogne. Ils attrapèrent une baleine, la plus grosse qu’on eût jamais vue à Futuna, dit-on. Sans tarder, ils se mirent à la tirer en remontant le long de la rivière Vainifao (3). Ils étaient sûrs de leur victoire, car ils ne voyaient de traces de pas sur le chemin ni n’entendaient de voix au lointain. Les vieux encourageaient les plus jeunes à tirer, tirer encore et toujours. Tous étaient fiers de leur exploit et le Mont Puke était là, devant eux, prêt à s’incliner… ! « Courage ! Courage ! Cria-t-on, il est à nous ! ».

    Mais à ce moment précis, ils entendirent descendant de la montagne des claquements de paumes qui signalaient la distribution d’un Kava (4). C’était les mâlô (5) ou gens de Tu’a qui faisaient leur Kava (6) au sommet du Puke pour fêter leur victoire. Ils avaient attrapé une tortue, la plus grosse qu’on eût jamais vue, paraît-il, et ils l’avaient transportée sur la montagne.

    C’est depuis ce jour-là que le mont Puke appartient aux gens d’Alo. Quant à la baleine abandonnée par les gens de Sigave, on la voit encore de nos jours, dit-on, au pied de la montagne, mais changée en pierre ! …

    Vocabulaire :

    (1) « Puke », point culminant de Futuna qui s’élève à quelque 740 m au-dessus de la mer.
    (2) Cette opposition a donné les deux royaumes actuels d’Alo et de Sigave.
    (3) Rivière qui traverse l’île en la divisant en deux royaumes Alo et Sigave.
    (4) À Futuna, lors de la cérémonie de Kava, toute l’assistance frappe dans ses mains quand le roi boit sa coupe de kava.
    (5) Le camp de Tua ou les malo, c’est-à-dire les vainqueurs, a formé l’actuel royaume d’Alo.
    (6) Piper methysticum, sorte de poivrier avec lequel on fabrique une boisson euphorisante appelée aussi « kava ».

  • La pêche de Tagaloa ou la création de l’île d’Uvea

    Cette histoire se passe dans la nuit des temps…
    Autrefois, il y a très très longtemps, Tagaloa (2) eut soudain une envie irrésistible de poisson. Il descendit donc sur Terre, chargé d’un long et large filet. Sans attendre, il le plaça dans un endroit qu’il savait poissonneux. À peine eut-il fini d’étendre son filet qu’il le vit disparaître dans les profondeurs de l’eau.
    « C’est bon signe ! » fit-il.

    Au bout d’un moment, il essaya de le tirer à lui. Impossible ! C’était trop lourd !
    « Ce doit être une bonne prise ! » pensa-t-il.
    Puis, prenant son courage à deux mains, il tira. Il tira, tira encore et encore ! Il eut toutes les peines du monde à ramener son engin en surface, mais il y parvint enfin ! Quelle ne fut pas sa surprise ! Ce n’était pas un gros poisson qu’il avait pêché mais un pays…

    Vexé, Tagaloa sauta dessus et se mit à le piétiner. Il le fit tant et si bien que le pays s’aplatit entièrement. L’île ainsi nivelée, car il s’agissait bien d’une île, Tagaloa eut soudain la révélation de sa beauté.
    Craignant que les différentes parties de cette nouvelle terre ne se désagrègent et ne se dispersent sur l’océan, Tagaloa laissa là son filet et partit, ravi de sa découverte mais un peu déçu car toujours affamé… Mais il venait, sans le savoir, de tirer Uvea du fond de l’Océan. Le filet abandonné par Tagaloa, a formé, dit-on, la barrière corallienne qui entoure actuellement l’île de Wallis (3).

    Vocabulaire :

    (1) Nom indigène de Wallis.
    (2) Dieu créateur dans la mythologie polynésienne.
    (3) Nom du capitaine anglais Samuel Wallis qui découvrit « Uvea » en 1767.

  • L’origine du kava

    Autrefois, il y a bien longtemps de cela, un homme et une femme vivaient seuls dans une île perdue au milieu de l’océan Pacifique. Ils étaient très très pauvres. Rien en effet ne poussait dans leur île : ni cultures vivrières, ni arbres à pain, ni bananiers ! Pas même d’animaux domestiques ! Seul un pied de « kape » (2) avait poussé et grandi juste à côté de leur case.
    Ils n’avaient qu’un enfant, une petite fille qui malheureusement était atteinte de la lèpre. La petite famille ne vivait que de pêche aux coquillages et de chair de noix de cocos.
    Or voici qu’un jour, une pirogue arriva soudain dans l’île. Et l’on vit en descendre le roi du pays !…
    Sa majesté désirait en effet rendre visite à tous les sujets de son royaume, tous, même ceux qui habitaient dans les endroits les plus reculés.
    Imaginez un instant le désarroi du pauvre couple. Comment accueillir l’éminent visiteur ? Que lui offrir ? Le pauvre mari ne savait que faire.
    Il alla trouver sa femme et lui dit : « Je vais allumer un four pour faire cuire notre enfant ! ».
    Pensez donc ! La pauvre femme ! Son amour maternel était soumis à rude épreuve. Mais au bout d’un moment elle opina de la tête en étouffant un sanglot…
    Aussitôt dit ! Aussitôt fait ! L’homme alluma un four et exécuta son acte horrible. Il tua sa fille, arracha le pied de « kape » pour les faire cuire ensemble. Quand son « umu » (3) fut déterré, il apporta son « offrande » dans un panier tressé avec une feuille de cocotier.

    Après s’être incliné devant son hôte vénérable, il s’assit et dit : « Que sa majesté daigne me pardonner ! Cette île qui lui appartient est démunie de tout. Je n’ai rien d’autre à lui offrir ! »
    Bouleversé et horrifié, le roi ordonna à l’homme d’aller enterrer sa fille. « Tu surveilleras bien l’endroit, ajouta-t-il. Si un jour un arbre sort de terre à cet endroit, tu en prendras soin. Quand il sera grand, tu me l’amèneras ».
    L’homme obéit et se mit à exécuter les ordres tandis que la pirogue du roi regagnait la grande terre.
    Quelques jours après, un arbuste inconnu dans tout le pays surgit de terre, à l’endroit même où avait été enterrée la fillette. L’homme en prit soin tous les jours. Et l’arbuste se mit à pousser et à grandir à vue d’œil.
    Quelques lunes après, l’homme le déracina, le chargea dans une pirogue et se rendit dans la grande terre. À son arrivée, le roi fit sonner le « lali » (4) pour rassembler la population. Il demanda à l’insulaire si cet arbre était celui sorti de la tombe de sa fille : « Oui Sire ! Répondit l’homme. Et je vous l’amène comme vous me l’avez ordonné ».
    Le roi ordonna alors de le préparer pour voir s’il était bon ? On en coupa donc les racines et des morceaux. On les nettoya, on les écrasa puis on les malaxa dans de l’eau pour obtenir une sorte de boisson que les gens appelèrent « kava » (5).

    Suivant les règles de bienséance, on offrit la première coupe au roi, mais l’un des « matapule » (5) frappa dans ses mains et dit : « Laissez-moi boire cette coupe. Si le « kava » contient du poison, il vaut mieux que je meure à la place du roi ». À la deuxième coupe, un autre « matapule » fit de même et la but. Voyant que ni l’un ni l’autre ne présentait aucun signe extérieur d’empoisonnement, ils offrirent alors la troisième coupe au roi. Après cela, ils préparèrent un autre « kava » qu’on distribua à toute l’assemblée. Voyant encore que personne n’en mourait, ils offrirent la dernière coupe à leur roi. D’où l’importance, de la première, de la troisième et de la dernière coupe de « kava ».
    C’est depuis ce jour-là, dit-on, qu’on boit le « kava » dans les archipels de l’Océanie. Il symbolise en réalité l’offrande du peuple à son roi.

    Vocabulaire :

    (1) Piper methysticum, sorte de poivrier avec lequel on fabrique une boisson euphorisante appelée aussi « kava ».
    (2) Tubercule proche du taro mais beaucoup plus gros que celui-ci.
    (3) Tronc d’arbre creusé et qui résonne quand on le tape pour rassembler les gens au « fono », en réunion avec leur chef.
    (4) L’arbuste ainsi que la boisson qu’on en fabrique portent le même nom de « kava ».
    (5) Matapule : garde du corps du roi.

La langue

Le wallisien – « faka’uvea » est une langue de la famille des langues polynésiennes. Il est proche du tongien. En raison des invasions tongiennes à Wallis qui ont eu lieu au XVè siècle, l’influence de la langue tongienne a été forte, entraînant de nombreux emprunts dans la langue wallisienne.
Le futunien – « fakafutuna » est également une langue de la famille des langues polynésiennes. Il est proche du samoan ainsi que du wallisien.
L’arrivée des missionnaires Maristes en 1837 entraîne des bouleversements sociaux, politiques et religieux qui ont des répercussions sur la langue. Dès le départ, le but des missionnaires est d’utiliser la langue vernaculaire pour transmettre l’Évangile. Ils introduisent de nombreux mots religieux issus du latin, qui sont désormais solidement ancrés dans le vocabulaire actuel.
Lorsque les Américains ont débarqué dans les années 1942 – 1946 lors de la seconde guerre mondiale, ils ont laissé des traces dans la langue wallisienne.
Dans le temps, la tradition orale était la seule façon de préserver et de transmettre l’histoire et les savoir-faire aux générations futures. De nos jours, les écrits sont nécessaires pour le maintien et la sauvegarde des coutumes, etc.

Apprenez quelques mots et expressions en langue wallisienne et / ou futunienne grâce au lexique.

La musique

La musique rythme la vie quotidienne des wallisiens et des futuniens. Le territoire de Wallis et Futuna se caractérise par une production musicale importante, allant de la musique traditionnelle a cappella nommée « hua lau » à de la variété. La plupart des chansons sont composées en wallisien ou en futunien et accompagnées de percussions en bois et de guitare. Les artistes sont produits sur le territoire.
Il existe diverses formes de chants traditionnels abordant différents thèmes : les histoires d’amour, la guerre, les grands événements historiques, la mort.

Le « mau » – compositeur et interprète, connaît toutes les variétés de musiques, comme :

  • « Hua lau » – Chant traditionnel a capella
  • « Hiva tuketuke » ; « Hiva laukau » – Chant d’amour
  • « Hiva laulausiva » : Chant d’introduction composé pour les grandes fêtes et grands événements
  • « Hiva mate » / « Hiva tauhi ofa » – Chant funèbre
  • « Hiva maholo » – Musique ambiancée
  • « Hiva fakatauka » – Chant de compétition
  • « Hiva lotu » – Chant religieux

Qu’est-ce que le « hiva laulausiva » ?

chantsLe « hiva laulausiva » – chant d’introduction, est composé par un « mau » pour des concours de danses, des événements (comme l’intronisation du roi ou de l’évêque …) ou des fêtes religieuses (fête du travail, fête nationale, fête du territoire, assomption, fête du sacré-cœur…). Comme son nom l’indique, ce chant introduit les salutations respectueuses auprès du roi et de sa chefferie coutumières, des membres élus du territoire et des représentants de l’Administration Supérieure, avant le spectacle. Chanté par le « foi lologo » – chorale de la danse, les danseurs sont tous assis et accompagnent les chanteurs.

Et même si la compréhension de la langue vous fait défaut, ce sera un moment unique à partager avec les locaux.

Qu’est-ce que le « hiva mate, hiva tauhi ofa » ?

Le « hiva mate, hiva tauhi ofa » est un chant du souvenir, composé quelques semaines voire quelques mois après un décès par un artiste local choisi par la famille. Ce chant apparaît au cours de ces innombrables veillées familiales. Autrefois réservés aux chefs et aux membres d’une certaine notabilité, aujourd’hui, les chants funèbres semblent perpétuer le souvenir tragique d’une disparition inattendue. Ces chants qui durent plusieurs minutes évoquent le parcours de la personne défunte, d’une liste de personne qu’elle a côtoyée lors de son vivant, des grandes actions qu’elle a pu réaliser, de ses qualités… Ces chants sont rediffusés une semaine avant la Toussaint – fête des saints et des morts, célébrée tous les 1er novembre.